Éclairage: S’assoupir au travail, pas si simple!
Faire une sieste sur son lieu de travail reste souvent une pratique taboue. Des grandes entreprises ont osé lui dédier des espaces, davantage dans l’optique d’améliorer la productivité que dans un souci de santé publique. D’autres sociétés proposent des capsules de siestes, qui permettent de s’isoler au milieu des «open space». Pour la majorité des petites et moyennes entreprises (PME), ce n’est toutefois pas entré dans les mœurs. Faut-il dès lors instaurer un droit à la sieste, à la manière de la Chine? Grégoire Gex préfère parler de recommandations que de droit. «Actuellement, il n’y a pas assez d’études solides pour créer les bases légales», fait-il remarquer, déplorant le fait que le sommeil reste un parent pauvre de la médecine.
Dans la pratique, «il faut en parler avec son voisinage et son employeur pour éviter que ça soit quelque chose de caché, de honteux», préconise-t-il. Sans lieu dédié à la sieste, comment se reposer? Les salariés doivent trouver la moins mauvaise solution. Sur un siège, le dos droit ou incliné, les pieds au sol ou sur le bureau: tout est possible. A chacun de trouver la position adéquate. L’idéal est allongé sur un lit ou un canapé. À défaut, il est recommandé d’incliner le dossier d’au moins 40 degrés par rapport à la position assise et de maintenir la nuque à l’aide d’un coussin. On optera également pour un endroit calme et sans trop de lumière.
Le télétravail, popularisé par le coronavirus, a récemment changé la donne. Le «home office» rend en effet plus aisé la pratique de la micro-sieste en début d’après-midi, moment propice pour s’assoupir. «Avec le travail à distance, les employés peuvent enfin dormir selon leur propre rythme, par exemple ne pas se lever trop tôt», observe Raphaël Heinzer. L’aspect négatif, c’est que certaines personnes perdent leurs repères temporels. Le risque est de diluer le sommeil et de perturber son horloge interne. Or, notre cerveau adore la régularité, fait remarquer le directeur du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV.
Zoom: Le casse-tête de la durée
Entre quelques minutes et une heure et demie, l’éventail de durée d’une sieste est large.
En résumé, quelques repères issus du livre «Sauvés par la sieste», de Brice Faraut, chercheur en neurosciences au Centre du sommeil et de la vigilance de l’Hôtel-Dieu à Paris:
Sieste de 10 minutes
+ garantit un réveil énergique
+ très efficace sur le court terme pour lutter contre la somnolence et améliorer les performances cognitives
+ idéale pour recouvrer rapidement des capacités physiques et intellectuelles ponctuellement diminuées
- insuffisante en cas de dette de sommeil importante et de fatigue installée
Sieste de 20 à 30 minutes
+ atténue la douleur, le stress et renforce l’immunité
+ stimule la vigilance pendant plus de deux heures
+ améliore l’humeur
- peut provoquer une inertie au réveil premiers
- effets positifs après 20, 30 minutesrequiert au moins 30, 40 minutes de disponibilité
Sieste de 1 à 2 heures
+ idéale pour rembourser plus rapidement une dette de sommeil
+ efficace avant d’entreprendre un travail de nuit: améliore significativement la vigilance et les performances cognitives pendant les cinq heures, au moins, qui suivent le réveil
- inertie au réveil
- chez certaines personnes âgées, les siestes longues peuvent dérégler le rythme du sommeil et être associées à un déclin cognitif ainsi qu’à une augmentation des risques cardiovasculaires