Témoignage: «Communiquer, c’est apprivoiser»
«Je ne suis pas une artiste dans l’âme, mais la puissance de ces outils m’a vraiment surprise.» Anne-Marie*, la cinquantaine, n’avait fait qu’une seule autre expérience de l’art-thérapie. C’était il y a près de trente ans, dans le cadre d’une hospitalisation. Aujourd’hui atteinte d’un cancer, la Gruérienne séjourne à l’unité de soins palliatifs de l’hôpital fribourgeois (HFR), à Villars-sur-Glâne, en vue d’un retour à domicile. Elle a décidé de se lancer. «Je ne pensais pas en être capable, je me dévalorisais. Les infirmières m’ont encouragée.»
Les effets positifs se sont très vite fait sentir. «En seulement dix minutes, à partir de rien, j’ai pu dessiner mon angoisse et la visualiser. C’est difficile à exprimer, mais ça m’a beaucoup aidée. Les crises ne sont pas revenues.» Un autre dessin, guidé par l’inconscient, a pris la forme d’une femme élégante. «Comme pour me signifier que je suis aussi cette personne-là, que je suis plus que la maladie.»
La valeur de l’accompagnement
Puis le travail des mains s’est substitué à celui des crayons. «Modeler la terre m’a permis de représenter cette maladie insidieuse, qu’on ne voit pas. En matérialisant mes métastases, je suis parvenue à créer un lien avec elles. Une séance d’écriture, très instinctive, a alors rendu la communication possible. Et communiquer, c’est aussi apprivoiser. Toutes les maladies veulent nous dire quelque chose.»
Au fil de ces trois séances d’environ une heure, le rôle central joué par l’art-thérapeute n’a pas échappé à Anne-Marie: «Jean-Michel voit tout. Le support créatif est une chose, mais il faut quelqu’un qui mette en confiance, qui accueille, qui guide. Avec le respect et la distance nécessaires. L’accompagnement est primordial.»
*Prénom d’emprunt