6 300 000 000 000 kilos de déchets
Une récente étude*, publiée en juillet 2017 dans la revue Science Advances, estime qu’en 75 ans, les êtres humains ont produit quelque 8,3 milliards de tonnes de matières plastiques. Principaux consommateurs en la matière: les emballages (39%), le bâtiment (20%), l’automobile (8%) et l’agriculture (4%). Or, de ces quantités gigantesques, 6,3 milliards de tonnes sont d’ores et déjà devenus des déchets, dont seuls 9% ont été recyclés et 12% incinérés, tandis que 79% sont accumulés dans des décharges ou dans la nature!
Difficile de calculer la part noyée dans les flots, mais on l’estime à plus de 250 millions de tonnes, les microparticules (moins de 5 mm) représentant 10% environ*. Et cette pollution ne concerne pas que mers et océans, comme en témoigne une étude de l’EPFL menée dans les eaux de surface en Suisse*. Tous les lacs sondés (Léman, Neuchâtel, Constance, Zurich, Brienz, Majeur), contenaient des microplastiques: 91 000 par km2 dans l’eau et 1300 par m2 sur les plages. Quant au Rhône, on estime qu’il en transporte 10 kg chaque jour vers la France! Impossible, en revanche, de savoir exactement d’où proviennent ces microparticules.
On l’a dit (lire texte ci-contre), la part des cosmétiques est relativement faible. Celle provenant des textiles synthétiques, qui passent également à travers les mailles des stations d’épuration, est nettement plus importante. Selon une étude de l’Université de Plymouth (Angleterre), chaque cycle d’une machine à laver libère au moins 700 000 fibres microscopiques, l’acrylique en «lâchant» 1,5 fois plus que le polyester et 5 fois plus qu’un mélange de coton et de polyester. Pour lutter contre cela, l’entreprise allemande Langbrett a développé le sachet à lessive «Guppyfriend»*, dans lequel on enferme le linge avant de le mettre dans la machine et qui capte les microfibres qu’il faut, ensuite, éliminer dans un sac de poubelle ordinaire. Prix: env. 30 €.
Mais ce sont incontestablement les particules issues de la fragmentation de plus gros objets qui sont les plus abondantes. Et pour en arriver à bout, il va falloir une sacrée volonté politique! La France a, une fois encore, pris les devants en bannissant, en 2016, les sacs en plastique aux caisses des supermarchés, lesquels représentaient à eux seuls quelque 80 000 tonnes de déchets. En Suisse, le Parlement y a renoncé la même année, estimant qu’un accord de branche (les clients doivent payer 5 centimes pour chaque emballage) était suffisant. La France toujours, dans l’élan qui lui a fait interdire les microplastiques dans les cosmétiques depuis le début de cette année, a d’ores et déjà décidé de faire de même, dès 2020, pour les cotons-tiges à usage domestique (souvent jetés dans les toilettes plutôt qu’à la poubelle), et qu’à cette même date, 50% de la vaisselle jetable devra être composée de matières compostables.