Progrès therapeutiques
Les espoirs de l’immunothérapie
Le médicament refusé à l’assurée vaudoise citée au début de l’article – le Keytruda – est un produit développé par le géant pharmaceutique Merck & Co, utilisé dans le cadre d’une immunothérapie. Le traitement consiste à stimuler le système immunitaire des patients pour tuer les cellules cancéreuses. Il donne des résultats spectaculaires pour les mélanomes ainsi que pour les cancers du poumon et du rein.
En effet, notre système immunitaire est composé de «soldats», les lymphocytes T, censés attaquer et détruire tous les intrus dangereux pour l’organisme. Si les cellules cancéreuses y échappent, c’est parce qu’elles ont développé des molécules – appelées CTLA-4 et PD-1 – qui trompent ces «soldats», leur faisant croire qu’elles sont inoffensives. Des produits comme le Keytruda annulent cet effet de protection et permet aux lymphocytes T de reconnaître et de tuer les cellules tumorales.
Si la liste des cancers sensibles à cette méthode s’allonge de jour en jour, certains, comme ceux de la prostate et du sein, font de la résistance. Le taux de réussite est réjouissant pour les patients chez qui ça «marche» durablement. Mais il stagne, en moyenne à 20%, avec des exceptions comme le Keytruda qui semble faire bien mieux.
Le salut pourrait venir des combinaisons de molécules, rendant d’autant plus aigu le problème du prix. Mais les résultats sont là: l’étude qui a poussé les autorités américaines à autoriser l’association de l’ipilimumab, la première molécule d’immunothérapie agréée contre le mélanome en 2011, avec le plus récent nivolumab (2014), démontre que le taux de réaction pour les malades atteints d’un mélanome a presque triplé, frôlant les 60%. Avec, toutefois, des effets secondaires plus sévères, même s’ils restent très inférieurs à ceux d’une chimiothérapie. Le Comité des médicaments à usage humain de l’Agence européenne a d’ailleurs émis un avis positif pour autoriser cette association, vraisemblablement l’an prochain.
Eclairage
Des recours peu convaincants
Lorsqu’un médecin propose une immunothérapie à un patient, c’est, généralement, que les autres traitements n’ont pas donné les résultats escomptés et que l’évolution du cancer met sa vie en danger. Autant dire que le temps compte et que la durée d’un recours contre le refus d’un assureur doit être écourtée au maximum pour que cela serve à quelque chose. Or, c’est loin d’être le cas, aujourd’hui.
Dans sa réponse à l’interpellation Humbel, le Conseil fédéral le rappelait: l’Office fédéral de la santé publique est chargé de la surveillance des caisses maladie, mais n’a pas la compétence de juger l’effet thérapeutique d’un médicament au cas par cas. Il suggère dès lors que le patient s’adresse à l’ombudsman de l’assurance maladie.
Procédure trop longue
Or, presque personne ne le fait, non sans raison: «Nous sommes des juristes, pas des spécialistes en médecine, explique le médiateur suppléant Thomas Schmutz. Nous ne pouvons donc qu’informer les assurés des démarches à faire pour tenter d’obtenir gain de cause.» A savoir: demander au médecin traitant d’envoyer un rapport documenté à l’assureur si cela n’a pas déjà été fait, puis exiger une décision formelle contre laquelle il sera possible de faire recours. La caisse devra, alors, émettre une nouvelle décision qui, si elle reste négative, pourra être attaquée en justice.
Mais rien que pour en arriver là, il faut actuellement compter trois à quatre mois. Le Conseil fédéral vient, toutefois, de proposer un projet obligeant la caisse à rendre sa décision dans les 15 jours. Tant mieux, car il faut ajouter un délai au moins aussi long pour que le premier tribunal se prononce en cas de besoin.
«Plusieurs médecins m’ont expliqué, commente Jean-François Steiert, que, pour contourner le problème, ils prenaient contact avec le fabricant du médicament et tentaient de faire passer le traitement comme un essai thérapeutique, ce qui induit sa gratuité.» Mais, avec le nombre croissant de demandes, cette alternative risque d’être de plus en plus refusée.
Complémentaires guère utiles
Hélas, il n’y a pas grand-chose à attendre non plus des assurances complémentaires qui prétendent couvrir les médicaments hors liste. Exemple: l’assurance myFlex de la CSS annonce leur prise en charge à 90% (sans limites), pour autant qu’ils aient été autorisés et enregistrés par Swissmedic. Mais surtout: seulement si le médicament est utilisé pour les traitements prévus dans l’information de Swissmedic. Par exemple, le mélanome chez les adultes pour le Keytruda. Hors contexte, il ne peut y avoir de prise en charge automatique, et il va donc falloir passer, là aussi, par une négociation préalable.