Comment ils jonglent avec les prix
Pour l’industrie pharmaceutique, il est facile de conserver un médicament dans la catégorie «non remboursé», de manière à pouvoir fixer le prix qui lui chante: il lui suffit de ne pas adresser de demande d’inclusion dans la LS à l’OFSP et de profiter de ses directives en la matière. Celles-ci prévoient que, «si une même préparation est commercialisée sous plusieurs emballages, l’assureur maladie ne prendra en charge que ceux qui figurent sur la LS».
L’OFSP cautionne-t-il cette pratique qui peut tromper le consommateur? «Nous contrôlons si les emballages qui figurent dans la "Liste des spécialités" sont appropriés et ne pouvons interdire aux fabricants de vendre d’autres tailles du même médicament, hors liste», se défend son porte-parole Daniel Dauwalder. On peut toutefois s’étonner que ses directives permettent de jouer sur la taille des boîtes. «Celles-ci ont été prévues pour éviter qu’un fabricant produise des emballages qui ne sont pas appropriés, par exemple trop petits ou trop grands pour la durée normale d’une thérapie, explique Daniel Dauwalder. Dans ce cas, ils ne seraient pas admis dans la LS».
Cette explication concerne-t-elle nos trois emballages? Peu probable: de l’avis de deux professionnels de la santé, l’absence de certaines tailles de boîte ne semble, ici, pas justifiée sur le plan médical. Pour Pascal Bonnabry, pharmacien-chef aux HUG, tous trois peuvent en effet être prescrits à la fois à court et à long terme. Confirmation de Thierry Buclin, médecin-chef au CHUV, même s’il estime discutable un long traitement avec l’Aerius. L’OFSP et les fabricants concernés, de leur côté, ont refusé de nous révéler qui, de l’autorité ou des producteurs, n’a pas voulu inclure ces trois boîtes dans la LS. Le fabricant de l’Eliquis nous a cependant assuré qu’il n’était pas responsable du prix de la boîte de 100 pièces, car il livre tous les comprimés au même prix à la sortie d’usine. Il estime que la faute en incombe aux pharmacies dans ce cas précis.
Pas que des malheureux
Selon l’OFSP, ces médicaments «à cheval» sur la LS sont rares. Il suffit, pourtant, de se pencher sur les 200 premières entrées de la liste pour en dénicher deux de plus. Le porte-parole d’Assura nous en suggère trois autres. Nous en sommes déjà à huit*. Mais cette situation ne fait pas que des malheureux: «Si on avait fait inscrire notre produit dans la LS, l’OFSP nous aurait obligés à baisser son prix. Or, pour nous, c’est plus rentable de vendre moins de tubes, mais plus cher», déclarait, en 2006, le responsable du département scientifique de Novartis à nos confrères de l’Hebdo. Près de 10 ans plus tard, le Voltarène Emulgel – c’est de lui qu’il s’agit – joue toujours avec la LS. Le petit tube de 50 g est remboursé. Pas le grand de 100 g.