Des cépages, fers de lance de leur pays
Carmenère chilienne et malbec argentin ont des parcours à la fois semblables et différents. «Wine Grapes», le formidable guide des cépages paru en anglais à la fin de 2012, signé par la journaliste anglaise Jancis Robinson et le biologiste valaisan José Vouillamoz, en témoigne.
La carmenère ne réapparaît au Chili que dans les années 1990. Jusque-là, elle se confondait dans les vignes avec le merlot, présent depuis le XIXe siècle. La carmenère a aussi été confondue avec le cabernet franc dans le nord de l’Italie.
Aujourd’hui, au Chili, on en recense 7000 hectares, mais ce chiffre reste sujet à caution, puisqu’on en comptait… zéro pied en 1996! La carmenère reste une spécialité chilienne, au contraire du malbec, le cépage rouge le plus planté en Argentine.
Sur l’autre versant des Andes, sur le haut plateau de Mendoza (entre 600 et 1100 m d’altitude), le malbec occupe quatre fois plus de surface que la carmenère au Chili, soit 27 000 ha (presque deux fois le vignoble suisse). Appelé «cot» ou «auxerrois» à Cahors, «noir de Pressac» puis «malbec» à Bordeaux, ce cépage est arrivé en Argentine en 1868, grâce à l’ingénieur agronome français Michel Pouget.
Carmenère et malbec ont été abandonnés à Bordeaux parce qu’ils étaient difficiles à cultiver. Ils font leur retour à la faveur du réchauffement climatique et de la diversification de l’encépagement, avec près de 1000 ha de malbec et une vingtaine de carmenère, en augmentation si l’on en croit les intentions des vignerons, notamment dans les Graves.